lundi 7 mai 2018

7 MAI 2018 - 64e ANNIVERSAIRE DE LA CHUTE DE DIEN BIEN PHU

Le 7 mai 1954, à Dien Bien Phu, un camp retranché du nord du Vietnam, aux confins de la Chine et du Laos, une force française de plusieurs milliers d’hommes capitule face à l’armée populaire vietnamienne du général Giap qui en faisait le siège depuis plusieurs mois.


La défaite de Dien Bien Phu est une étape importante de la fin de l’Empire colonial français. L’historien Alain Ruscio la replace dans son contexte :
Dien Bien Phu morne cuvette. Dans l’imaginaire de bien des Français, la défaite tonkinoise a rejoint celles d’Alésia, de Bouvines ou de Waterloo. Avec, en plus, une dimension culpabilisante : Que diable allait f… l’armée française dans cette galère, à l’autre bout du monde ?
1953. La guerre d’Indochine dure depuis sept années. Le corps expéditionnaire français s’y est progressivement enlisé. Son adversaire, l’armée populaire, que les Français appellent le plus souvent Viet Minh, voire Viets, d’abord en difficulté, a repris l’initiative sur tous les fronts. En mai, le gouvernement français a nommé un nouveau commandant en chef – le septième ? le huitième ? on ne compte plus – un nouvel homme miracle, le général Navarre.
Celui-ci décide d’inverser la tendance par une initiative spectaculaire. C’est donc l’armée française qui a cholisi le terrain. Ce sera à Dien Bien Phu.
Seuls les spécialistes de l’Indochine connaissaient ce petit village du pays thai, au nord du Vietnam, avant le parachutage, le 21 novembre 1953, de milliers de soldats du Corps expéditionnaire. L’ambition du commandant en chef, est simple : il s’agit de « barrer la route » du Laos et de « casser du Viet » (l’expression court dans la presse pro-guerre). Pour ce faire, il édifie un camp impressionnant, sans doute le plus puissant de l’après Seconde guerre mondiale, autour de points d’appui, amoureusement baptisés de noms de femmes (Anne-Marie, Béatrice, Dominique…). Y affluent les meilleurs soldats français d’Indo, dont le célèbre Bigeard. Le camp est placé sous le commandemant du colonel de Castries, un cavalier, qui sera fait général pendant la bataille.
Il est de bon ton, aujourd’hui, de critiquer cette initiative. C’est oublier un peu vite que la quasi-totalité des militaires et des politiques français l’approuvèrent. « Le Commandement français est sûr d’infliger une sévère défaite au Viet Minh à Dien Bien Phu. Nous nous attendons à des combats durs et longs. Nous gagnerons » dit ainsi le général Cogny, adjoint de Navarre (Le Figaro, 13 janvier 1954).
Mais, face à l’armée française, il y a un tandem d’exception : Ho Chi Minh et Vo Nguyen Giap. Ho le politique et Giap le militaire. Ho le réservé et Giap l’impétueux. Surtout, il y a une majorité de la population, tous les témoignages d’époque en attestent. Pour l’indépendance, certes, pas pour le communisme. Mais une majorité.


Et une vraie armée. Ce ne sont plus des va-nu-pieds, comme au début de la guerre, que les Français affrontent, mais des soldats aguerris, entraînés, équipés, en grande partie par la Chine populaire – il est vrai que l’armée française, elle, est équipée à 75 % par les Américains…
La bataille ne s’engage véritablement qu’en mars 1954. Navarre a choisi le lieu, Giap choisit le moment. Navarre a édifié son camp au centre d’une cuvette, Giap a massé ses troupes sur les bords. C’est de bonne guerre.

Dès le premier assaut Viet Minh, c’est la stupéfaction. Deux des points d’appui réputés imprenables sont enlevés sans coup férir. Puis, c’est la piste d’aviation, intensément bombardée, qui devient inutilisable. De piège à Viets, la cuvette se transforme jour après jour en piège à Français. Rien n’y fait. Ni l’héroïsme indéniable des soldats du Corps expéditionnaire, ni les plans un peu fous de sortie en masse, ni les bombardements aériens (souvent au napalm) des lignes Viet Minh. C’est à un véritable Verdun de la jungleVerdun tropicalVerdun tonkinois (toutes expressions empruntées à la presse de l’époque) que l’on a affaire. Oui, mais un Verdun sans la voie sacrée, un corps sans poumon, destiné à mourir.
C’est chose faite, le 7 mai. Dialogue par téléphone entre les généraux Cogny, à Hanoi, et de Castries, à Dien Bien Phu :

« Mon général, situation grave, combats confus partout. Je sens que la fin approche. Nous nous battrons jusqu’au bout. 
-  Bien compris, bien compris, vous lutterez jusqu’au bout. Pas question de hisser le drapeau blanc, n’est-ce pas ? 
-  Non, nous détruirons les canons, le matériel et les postes de radio-télèphone. 
-  Merci ! 
-  Nous nous battrons jusqu’au bout. Au revoir, mon général. Vive Ia France ! »
Mais l’émotion n’empêche pas de réfléchir. A qui, à quoi a servi cette guerre, dont cette ultime bataille ?
La vérité est que l’affrontement d’Indochine n’a jamais été vécu par la nation française comme sa guerre. L’opinion, travaillée par un PC alors très actif, a même franchement condamné, et de plus en plus, cet engagement. Et les gouvernements successifs, dirigés par le MRP, le centre, le Parti socialiste, n’ont pas su, voulu ou pu donner à cette guerre une dimension nationale. L’anticommunisme en fut le seul aliment.
Les héros de Dien Bien Phu sont morts ou sont revenus traumatisés parce que les politiques n’avaient pas compris que l’ère des décolonisations était commencée, que le sentiment national – vietnamien mais, au-delà, de tous les peuples encore dominés – était devenu une force irrésistible qu’aucune armée ne pouvait briser.
Un peu plus tôt, un homme politique français avait, lui aussi, écrit un livre évoquant la bataille du Tonkin. Et avait trouvé une jolie formule : « La politique de force alla jusqu’à son terme en Indochine : ce terme s’appelle Dien Bien Phu ». Il s’appelait François Mitterrand (Présence française et abandon, 1957).
Que n’avait-il eu cette sagesse, au lendemain de l’insurrection algérienne, lorsqu’il déclarait : « La seule négociation, c’est la guerre » ? Il aurait évité à la France, non certes un nouveau Dien Bien Phu (il n’y en eut pas en Algérie), mais un nouveau rendez-vous manqué avec l’Histoire en train de se faire.
Alain Ruscio, historien

crédits photos : DR

dimanche 8 avril 2018

MEDIA - REVUE SOLDATS DE FRANCE DE L'ECPAD N°6 - LA GUERRE D'INDOCHINE

Cette revue a la particularité d'être proposée gratuitement en consultation , en impression ou en téléchargement sur le lien suivant.


samedi 10 mars 2018

UNE REFONTE COMPLETE DU SITE AMP




Notre site frère auxmorts.patrimoine.free.fr vient de connaître une refonte complète de sa maquette.

En effet depuis 2009 il n'avait pas vraiment connu de modification et il s'est avéré que la nouvelle réorganisation des régions françaises, qui s'est effectuée l'an passé, ne permettait plus au site une mise à jour concrète des MAM de ses communes puisque, pour certaines, leur département avait changé de région !

La nouvelle mouture du site est donc calquée sur les nouvelles régions pour la recherche de base. 

Toutefois bien entendu les départements n'ayant, quant à eux, pas changés et leurs communes non plus, les pages référencées jusqu'à présent n'ont pas changées. Seulement leur maquette graphique sera modifiée progressivement afin d'avoir un site uniforme (sans jeu de mot !).

Beaucoup de communes seront ajoutées dans les mois à venir qui attendaient depuis un petit moment (près de trois ans !) d'être mises en ligne et d'autres venant d'être recensées au niveau de leur MAM, stèle ou plaques commémoratives.

Le Blog quand à lui reste toujours le lien d'information des mises à jour à venir sur le site et le média d'information parallèle et complémentaire du site.

Allez donc voir les nouveautés de notre Grand Frère ;)

lundi 26 février 2018

EVENEMENT - LA GRANDE GUERRE EN BD - MUSEE DE MEAUX

© Marko, Ollier, Bamboo éditions

Le musée de la Grande Guerre de Meaux (77) organise un événement « La Grande Guerre en BD » le dimanche 4 mars de 14h à 18h.

Au programme :
- des dédicaces avec des dessinateurs comme Marko, Kris, Mael, Olier, Patrice Ordas, Alain Mounier, Fabien Bedouel, Pat Perna, Regis Hautière, Milan Jovanovic, Ivan Stojkovic et Philippe Zytka... 
- des visites flashs (De la réalité à la fiction),
- un atelier (Moi, quand j’étais en 14-18…)

Entrée libre et gratuite !

Musée de la Grande Guerre
Rue Lazare Ponticelli,
77100 Meaux
Tél. : 01 60 32 14 18

jeudi 1 février 2018

BD : CINQ BRANCHES DE COTON NOIR


Alors que Lincoln est sur le front en Europe, Johanna Bolton, sa sœur, découvre un incroyable secret. Quand la petite histoire rencontre la grande, les étincelles narratives et graphiques sont au rendez-vous. Sans aucun doute l'une des meilleures BD de l'année. 


L'histoire : 

Mai 1944, une base alliée à quelques miles au nord de Douvres. Le soldat Lincoln Bolton tourne en rond dans son camp militaire, occupé à déplacer du matériel gonflable destiné à duper à l'ennemi allemand. Victime de discriminations raciales et embarqué dans des bagarres quotidiennes, il espère qu'un jour, les noirs seront des héros américains. Un jour, il reçoit une lettre de sa sœur, Johanna Bolton, qui lui demande de ses nouvelles, lui rappelant aussi la phrase fétiche de leurs parents : « Toutes les actions comptent ».


Juin 1944, Raleigh, Caroline du Nord. Johanna suit les cours d'histoire des États-Unis au St Augustin's College. De retour dans sa chambre d'étudiante, Maggie, sa colocataire lui donne une lettre de son frère qui lui fait part de son envie d'être héroïque. Il lui raconte que le signe de ralliement de tous les noirs de son bataillon est un double V : un V pour la victoire contre les nazis et un V pour la victoire contre l'Amérique ségrégationniste. Elle répond fissa, sans faire attention, à une lettre provenant d'un notaire, Geoffrey Woolf, lui annonçant le décès de sa tante Camilia Brown. Elle ne le sait pas encore, mais cette disparition va changer le cours de sa vie quand elle découvre le contenu d'un coffre datant de 1776...


Notre avis :


Cinq branches de coton noir est (déjà) assurément l'une des œuvres mémorables et incontournables de cette année 2018. Tant par le scénario d'Yves SENTE que par le dessin de Steve CUZOR, cet album est une réussite totale. 

Souvent cantonné à l'écriture de suites de séries emblématiques (Thorgal, Blake et Mortimer et XIII) le scénariste Yves SENTE parvient à nous bluffer. 

Cinq branches de coton noir devait au départ s'intituler « L'étoile nègre », mais le titre fut abandonné car sujet à mauvaise interprétation. Sente réhabilite ici les noirs américains qui figuraient en nombre parmi les soldats qui ont contribué à éradiquer la menace nazie (livrant au passage la triste anecdote de Jesse Owens/ Franklin D. Roosevelt). Influencé par des films comme Monuments Men, Stalingrad, Il faut sauver le soldat Ryan ou Inglourious Basterds, le récit est palpitant de bout en bout avec une quête à forte densité symbolique, pleine de suspense et d'émotion. 

Sur le plan graphique, CUZOR, qui était muet depuis 5 ans et son XIII Mystery, est au sommet de son art avec son encrage dense et profond, qui laisse planer le mystère. Ses visages inspirés (Sammy Lee Davis Junior, Denzel Washington, Lee Marvin) rendent hommage au 7ème art dans toute sa splendeur.

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Auteurs : Yves SENTE (scénario) & Steeve CUZOR (Dessin)
Éditeur : Dupuis
Collection : Aire libre
Thème : Guerre
Public : ado / adulte
Prix :     Euros
Parution : 19 janvier 2018


mardi 2 janvier 2018

UNE HEUREUSE ANNEE 2018




On vous souhaite une HEUREUSE ANNEE 2018 à venir qui sera encore chargée d'histoire, puisque nous commémoreront la dernière année des combats de la Grande Guerre avec son achèvement le 11 novembre 1918.

D'autres grandes commémorations auront lieu en mémoire d'autres grands faits historiques tout au long de cette nouvelle année.

Nous espèrons que vous continuerez à nous lire, et que nous pourront avancer le recensement des monuments aux morts et stèles de notre site internet qui y est dédié : auxmorts.patrimoine.free.fr.

lundi 27 novembre 2017

BD - L'OPERATION COPPERHEAD

Mélangez David Niven, Peter Ustinov, Winston Churchill, vous obtiendrez Opération Copperhead. Une drôle d'aventure authentique romancée et croquée avec dextérité par Jean Harambat.


L'histoire :

Octobre 1977. Tournage du film Mort sur Le Nil, qui sortira sur les écrans en 1978. Hercule Poirot (Peter Ustinov) partage un cocktail avec le colonel Race (David Niven). John Guillermin, le réalisateur, satisfait de la scène jouée par les deux acteurs, lance le fameux : « Coupez ! ». 
Les deux amis prennent une collation bien méritée sous le soleil de plomb égyptien et observent la caractérielle Bette Davis qui se plaint de son thé. Mais au fait, depuis quand sont-ils amis ? Depuis Copperhead…
Gare de Londres, 1943. Un dénommé Karlinski est poursuivi par la police britannique. Il parvient à leur échapper, laissant derrière lui un parapluie cachant un message codé de chiffres. 
Pendant ce temps, dans un cinéma, David Niven, revenu d’Hollywood, harangue des spectatrices dans le cadre d’une campagne de recrutement de volontaires pour l’armée féminine : le Women’s Royal Army Corps. 
Alors qu’il se repose dans sa loge, Dudley Clarke l’appelle pour lui communiquer une demande de Churchill. David Niven doit préparer un film de propagande pour l’armée. Pendant ce temps, Peter Ustinov s’entraîne pour l’armée britannique. 
De la bouche de son major, il apprend sa demande d’affectation au service cinématographique des armées. Les deux hommes ne savent pas encore qu’on va leur faire une proposition des plus bizarres, pour une opération baptisée « Copperhead »...

Notre avis :

L'intro indique : « Dans les pages qui suivent, tout n’est pas entièrement vrai, mais tout n’est pas entièrement faux ». 
En s’inspirant librement des biographies de David Niven, de Peter Ustinov et de Clinton James, Jean Harambat nous embarque dans une authentique aventure d’OVNI digne d’un film d’espionnage en mode burlesque, avec une pointe d’humour so british. 
Cette opération, qui marque le début d’une longue et durable amitié entre les deux acteurs, est longtemps restée comme un épisode méconnu de la seconde guerre mondiale. 
Si loin, mais aussi, si proche du cinéma hollywoodien, leur mission est simple mais ardue : coacher un sosie du Général Montgomery pour duper l’ennemi allemand, en faisant croire à l’imminence d’un débarquement via l’Afrique du Nord. 
Au-delà de la narration enlevée et pleine de fantaisie, l’auteur d’Ulysse : les chants du retour joue la carte de l’originalité dans la forme. 
Il entrecoupe son récit dessiné de lettres, de citations ou de documents originaux. 
Cet effet stylistique donne un rythme soutenu à l’histoire. Cette dynamique se retrouve dans le wording avec des jeux de mots élégants : « Je ne parlerai qu’en présence de ma vodka, Les Brahms m’en tombent… ». 
Son trait tout en finesse agrémenté de couleurs douces éclaire les textes en lui donnant une dimension non-sensique. 
Un bel album qui comptera dans la jeune carrière du jeune auteur natif du Sud-Ouest.

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Auteurs : Jean HARAMBAT (scénario & Dessin)
Éditeur : Dupuis
Collection : Aire libre
Thème : Guerre
Public : ado / adulte
Prix :     Euros
Parution : 29 septembre 2017